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Le 30 avril 2016

POUR UN BOYCOTT ACTIF DE L'ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE

Face au discrédit justifié que subit la «classe politique», des potions enchantées sont au creuset, qui transformeraient les institutions politiques en un système démocratique vertueux : tirage au sort, candidat porte paroles «pur», porté par une collectivité de citoyens éclairés, primaire des Gauches, comptabilisation des abstentions, élimination des vieux politiciens et remplacement par des jeunes plus en phase avec la nouvelle société mondialisée, nouvelle constitution etc.

Ces solutions sont largement illusoires, naïves ou roublardes pour certaines d’entre elles et cachent une réalité beaucoup moins séduisante : cette démocratie représentative est irréformable.

Quel que soit le candidat choisi, s’agissant des partis ‘’historiques’’, on peut être sûr que, s’il est élu, il fera le contraire de ce qu’il a promis.

Quant aux autres petits partis et les autres candidats, nouvelles solutions miraculeuses et attractives qui ’’font modernes’’, ils ne feront que conforter un faux système démocratique en s’intégrant dans ce qui est une comédie et une imposture.

Ce n’est pas une primaire ouverte, par exemple, qui conférera un caractère authentiquement démocratique à une institution d’inspiration profondément bonapartiste.

En France, le pouvoir du président n’est limité par aucun contre-pouvoir réel, surtout depuis que la réforme constitutionnelle, qui a ramené la durée du mandat de sept à cinq ans, a pratiquement mis le président à l’abri du risque de « cohabitation ».

Mais, aujourd’hui, le caractère non démocratique – en fait, antidémocratique – du système de pouvoir dans les pays développés tient à des causes infiniment plus profondes que le vice des institutions.

C’est que le fonctionnement de la démocratie représentative se trouve radicalement faussé : le président et plus généralement les élus du pouvoir central agissent moins que jamais en tant que mandataires de leurs électeurs mais en tant que fondés de pouvoir du capital (les grosses sociétés, les banques et leurs organes bureaucratiques), comme le démontrent les politiques dites de « réforme » des gouvernements successifs.

Certes, la démocratie représentative constitue dans son principe même – la représentation – une aliénation de la « souveraineté populaire » ; et quant à son rôle de courroie de transmission des injonctions du capital, il lui est consubstantiel.

Mais la démocratie représentative était née d’un compromis négocié dans le sang des révolutions du XIXe siècle entre les exigences dictatoriales du capital et l’aspiration profonde des couches populaires à la maîtrise de leur vie et de leur destin collectif : aux détenteurs et aux gestionnaires du capital, la domination des rapports de production et d’échange et l’essentiel de la richesse ; aux citoyens prolétaires, certains droits limitant l’arbitraire capitaliste, une part, toujours à défendre, de la richesse produite par eux, la responsabilité de maintenir la paix civile et sociale, l’impôt du sang et une « souveraineté » politique en grande partie formelle…

Aujourd’hui, il semble que le capital juge encombrantes ces institutions et parasitaire l’exercice de la « souveraineté du peuple », même tenue en lisière par le système représentatif…

La crise grecque a fait éclater au grand jour et avec une évidence théâtrale la rupture de ce compromis. Les personnages y ont joué crûment leurs rôles : mépris insondable des gestionnaires du capital pour la « souveraineté populaire » et inconsistance des représentants de celle-ci, qui se sont finalement comportés comme s’ils étaient profondément convaincus de l’insignifiance de leur légitimité démocratique…

Qu’on ne nous rabâche plus que capitalisme et démocratie libérale – le couple suffrage universel et « droits de l’homme » – sont génétiquement associés. Les contre-exemples abondent, à commencer par celui de la Chine.

Mais sans chercher si loin : quand la France, les Pays-Bas et l’Irlande votent « mal », le pouvoir n’en tient aucun compte ; quand la « sécurité » entre en jeu, ce sont les pouvoirs de police qui se renforcent et les libertés qui trinquent.

On peut se demander si cette perte de consistance des institutions prétendues démocratiques ne se répercute pas, chez ceux qui peuplent ces instances, en une inconsistance intellectuelle et morale. Le niveau des débats entre les candidats républicains à la présidence du plus puissant État du monde a de quoi nous donner froid dans le dos…

En France, on n’en est certes pas là, mais quelle médiocrité ! Face à l’énormité des problèmes ou des crises imminentes, une rhétorique creuse, une sottise rusée. Alors, à quoi bon des « primaires », si c’est pour avoir à choisir entre la peste et le choléra, ou entre tel et tel petit politicard, d’un sexe ou de l’autre.

L’impasse actuelle rend opportune une remise en cause du système politique – ou antipolitique – existant. Il faut lancer, non pas une « primaire » ou une quelconque danse pour faire tomber la pluie, mais une campagne de boycott de l’élection présidentielle pour délégitimer la structure actuelle de pouvoir.

 

Mais pour, du même coup, redonner un sens à la souveraineté populaire, il faut aussi que ce boycott ne se limite pas à l’abstention ou au vote blanc, mais débouche sur une intervention démocratique positive, que, par exemple, les partisans du boycott se regroupent pour mener une « campagne » active, mais aussi pour débattre non pas du choix d’un individu qui irait exercer le pouvoir à notre place, mais des transformations de l’organisation politique et sociale qui redonneraient à chacun d’entre nous les moyens d’une existence décente et une prise sur notre destin collectif.

Comité « Les Déserteurs actifs »

boycottactif@gmail.com

Source :
http://les-deserteurs-actifs.over-blog.com/2016/04/nous-relayons.html

Tag(s) : #Matières Grises, #Alternatives

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