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L’Espagne, sans gouvernement, relève ses prévisions économiques

Le 30 septembre 2016

Après bientôt un an de blocage politique et en pleine crise du PSOE, la Banque centrale d’Espagne revoit la croissance 2016 à la hausse. Avec une prévision de +3,2 %, Madrid se hisse nettement au-dessus de la moyenne européenne.

Voilà plus de neuf mois que l'Espagne est sans gouvernement et étonnement... son économie se porte bien. Au milieu d'une nouvelle crise politique qui déchire depuis trois jours le parti socialiste espagnol (PSOE), la Banque centrale d'Espagne a publié jeudi des prévisions de croissance pour l'année 2016 plutôt optimistes.

Après deux trimestres successifs de hausse du PIB à 0,8 %, l'institution bancaire table sur une augmentation de 0,7 % au troisième trimestre 2016, un centième de moins seulement qu'au cours des précédentes périodes.

Sur l'année, cela équivaudrait à une croissance du PIB de 3,2 %, une prévision plus élevée que celle pronostiquée en juin, où la banque visait seulement un 2,7 %.

A ce rythme, l'économie espagnole fait bien mieux que ses voisines de la zone euro et notamment les économies allemande et françaises, avec leurs 1,7 % et 1,4 % de croissance du PIB prévus cette année.

La dichotomie espagnole

Et pourtant, personne n'est aux manettes en Espagne depuis les élections législatives sans-issues de décembre 2015.

Deux échecs d'investiture et une seconde élection générale ratée plus tard , le gouvernement temporairement formé par le leader du Parti Populaire (PP) Mariano Rajoy ne dispose toujours pas d'une majorité suffisante pour diriger le pays.

Le secrétaire général du PSOE Pedro Sanchez s'oppose coûte que coûte à un gouvernement de centre-droit... et son veto est en partie à l'origine la mutinerie qui secoue le PSOE depuis mercredi.

Mais étrangement, l'imbroglio politique ne semble pas se mettre en travers de la marche de l'économie espagnole.

« C'est simple, il s'est produit un divorce entre le monde politique d'un côté et le monde économique et social de l'autre, qui est d'ailleurs très agacé par ce qui se passe en ce moment. Même sans les politiques, l'économie a continué à avancer », explique Juan Cuadrado-Rura, professeur d'économie appliquée à l'université d'Alcala en Espagne et fondateur de l'Institut universitaire d'analyse économique et sociale.

Trois moteurs de croissance

Cette dichotomie s'explique notamment par trois facteurs.

Tout d'abord, « la consommation des ménages s'est maintenue, portée par la hausse des revenus disponibles, liée à une baisse du chômage et à la résorption de la dette que les familles avaient conservé de la crise », détaille l'économiste.

Le taux de chômage espagnol, qui avait grimpé jusqu'à 27%, a été ramené à 20% au deuxième trimestre 2016. Il s'agit du taux le plus bas depuis près de six ans.

« Le secteur touristique a explosé de 8 % cette année par rapport à 2015, avec environ 70 millions de visiteurs », ajoute-t-il. Cette hausse s'explique notamment par la redistribution des flux touristiques provoquée par l'augmentation du risque terroriste dans certains pays traditionnellement très fréquentés comme la Turquie ou la Tunisie.

Enfin, « l'Espagne doit sa résilience à la force de ses exportations qui ont considérablement augmenté ces quatre dernières années en réaction à la crise économique. Aujourd'hui, la balance des comptes courants est positive, nous sommes devenus très compétitifs», analyse Juan Cuadrado-Rura.

Des risques à plus long terme

Les effets de la paralysie politique et le climat d'incertitude qui en découle devraient tout de même, à plus long terme, se faire sentir.

La Banque centrale d'Espagne prévoit pour 2017 et 2018 une croissance de 2,3 % et 2,1 %.

Une chute qu'elle associe à la « perte de puissance » d'autres facteurs qui ont aussi stimulé l'économie ces derniers temps, comme la baisse des prix du pétrole et des taux d'intérêt ou la dépréciation de l'euro.

Viennent enfin deux sujets brûlants, sur lesquels le gouvernement espagnol ne pourra statuer tant qu'il n'aura pas été officiellement investi : celui du budget 2017 et de la réduction du déficit public réclamée par la Commission européenne .

Alors que le temps file, Mariano Rajoy doit se contenter d'expédier les affaires courantes et ne peut pas faire passer de véritables réformes.

Source :
http://www.lesechos.fr/monde/europe/0211346918528-espagne-malgre-labsence-de-gouvernement-leconomie-se-porte-bien-2031606.php

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