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Le coup d'Etat citoyen : ces initiatives qui bousculent nos démocraties

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Par Julien Le Bot - Le 28 octobre 2016

Et si l’on tentait de réinventer la démocratie ?

Voilà ce que nous allons faire, dans cet article : vous allez pouvoir participer à une forme de Coup d’Etat citoyen en compagnie d’Elisa Lewis et de Romain Slitine, qui viennent de publier un livre passionnant aux éditions La Découverte.

“Nous autres, citoyens, nous sommes le système.“

Ces propos, ce sont ceux de Birgitta Jonsdottir, cofondatrice du Parti pirate islandais, et pressentie pour devenir Premier ministre de l’Islande.

Voici d’ailleurs la conférence TEDx où elle a pu partager quelques unes de ses pensées :

Nous sommes bien le 28 octobre de l’an de grâce 2016, Et demain, les 330 000 Islandais doivent se rendre aux urnes pour élire les membres de leur nouveau Parlement. Figurez-vous que le Parti pirate, créé en 2012, caracolent ces dernières semaines en tête dans les sondages, parfois un chouia devant, parfois un cheveu derrière le Parti de l’Indépendance (actuellement au pouvoir).

Je vous rassure, on ne va pas commenter les sondages ni pronostiquer quoi que ce soit pour ce qui concerne l’issue de ces élections anticipées. En revanche, j’ai envie de m’arrêter un instant sur cette expression qui ressemble à s’y méprendre à un paradoxe : un parti pirate.

Ce que “Parti pirate” veut dire

Oui, s’il existe aujourd’hui des partis pirates, pas seulement en Islande, d’ailleurs, c’est sans doute que quelque chose est en train de se passer dans nos bonnes vieilles démocraties. Je m’explique : un parti pirate, par-delà les programmes, c’est en un certain sens un pari :

- il s’agit de dé-professionnaliser la politique,

- il s’agit de bousculer les représentations en permettant de mieux partager les pouvoirs et les décisions

- et c’est un parti pris, aussi : celui de dire que les technologies qui sont là au quotidien ont déjà changé la façon dont on s’informe, et vont bien finir par transformer nos institutions.

Autre personnage que l’on peut croiser en flânant sur le site des conférences Ted : Pia Mancini.

Pia Mancini est co-fondatrice du parti argentin Partido de la Red, elle a participé à la création de democracyOS, un logiciel libre censé renforcer l’accès des citoyens à la décision politique.

Et Pia Mancini, c'est un regard lumineux sur l’évolution de la démocratie.

D’ailleurs, elle a eu cette phrase, que l’on peut retrouver dans “Le Coup d’Etat citoyen, ces initiatives qui réinventent la démocratie”, un livre passionnant qui vient de paraître aux éditions La Découverte :

“Nous sommes des citoyens du XXie siècle, faisant de notre mieux pour interagir avec des institutions conçues au XIXè siècle et fondées sur des techniques d’informations du XVe siècle”

Voilà, tout est dit, tout est résumé. La réinvention de la démocratie, c’est l’enjeu de ce Coup d’Etat citoyen évoqué par Elisa Lewis et Romain Slitine.

Voici leur constat de départ : ce n’est pas parce qu’on a des isoloirs, des urnes, et des bulletins de vote que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

Pour résumer à grands traits : les partis politiques ont pris le pouvoir sur la démocratie.

Or, la démocratie, c’est pas nécessairement le régime des partis. “Ils ne nous représentent pas”, entend-on dans certaines des capitales du monde entier.

Londres, Tel Aviv, Tokyo, Montréal, Hong-Kong, à quoi on pourrait ajouter Tunis, évidemment, ou encore Taïwan, avec le Mouvement des Tournesols,: nous traversons une “fin de l’évidence démocratique”.

De nouvelles façons de penser la démocratie

“Démocratie continue”, “Dépasser les élections”, “mettre à jour la démocratie” : les auteurs plaident en faveur de nouvelles pratiques institutionnelles comme le tirage au sort, par exemple.

Autre innovation “radicale” ; la “démocratie liquide” ou le “proxy voting” qui font écho à la possibilité de déléguer (informatiquement) des décisions à des alter egos sans avoir à passer par la représentation.

Les auteurs décrivent de nombreuses initiatives “citoyennes” essayant de dépasser les logiques de partis permettant à la fois à l’intelligence collective de se déployer, et aux anonymes de pouvoir accéder à des responsabilités.

Exemples en pagaille (par-delà l’intérêt réel de chacune de ses initiatives, elles montrent que quelque chose se passe) : “Podemos” en Espagne, né du mouvement des Indignés, en alternative aux partis traditionnels, mais aussi LaPrimaire.org ou encore MaVoix : voici là deux exemples de plateformes qui veulent projeter des anonymes dans l’espace public.

Les Civic Techs au coeur de la révolution

Au coeur du livre, il y a le numérique et les nouvelles technologies avec ce qu’on appelle les Civic Techs, c’est-à-dire tous ces outils qui permettent de déléguer, de mutualiser, ou de mieux partager les données et/ou l’information.

Il existe de nombreux collectifs s’intéressant de près à ces questions comme, en France, Démocratie ouverte. Voici d’ailleurs ce qu’en Armel Lecoz, au micro de Marie-Stéphanie Servos : “Démocratie ouverte c'est un collectif de citoyens, d'élus, de porteurs de projets, de personnes engagées pour transformer la démocratie et faire en sorte que cette démocratie, elle aille vers plus de transparence, vers plus de participation citoyenne et vers des logiques plus collaboratives e t paire à paire donc forcément le numérique a un gros rôle à jouer là dedans.”

On sent que la réinvention de la démocratie, c’est une réinvention de son vocabulaire. D’ailleurs, ce livre est un plaidoyer prodomo : les auteurs sont membres actifs au sein de Démocratie ouverte.

Quelques initiatives :

Revenons sur cette notion ; des “technologies citoyennes”.

Voici quelques unes des initiatives que l’on a pu repérer :

- Le Drenche, un journal de débats qui présente deux tribunes sur des sujets d’actualité,

- Curious.so, une plateforme qui permet d'interpeller directement les élus en posant une question,

- Ou Parlement et Citoyens, un site web qui associe les citoyens aux parlementaires dans l’élaboration des lois, dont on reparlera tout à l’heure...

Et, sur YouTube, parce qu’on aime bien les dispositifs simples, il y a une chaîne qui s’appelle Accropolis, “une chaîne citoyenne”

On écoute Jean Massiet, toujours au micro de Marie-Stéphanie Servos :

“Accropolis c'est la chaîne citoyenne, de la même manière qu'il y a des chaînes parlementaires qu'on connaît tous, Accropolis c'est une innovation, une proposition d'utiliser tous les outils du numérique et la puissance des réseaux sociaux pour rendre la politique moins chiante à suivre, plus intéressante et moins compliquée. Notamment pour toute une génération qui ne regarde pas la chaîne parlementaire.
Accropolis s'adresse à une génération de moins de 35 ans, une génération qui a besoin de nouvelles modalités médiatiques pour s'intéresser à la politique et notamment de modalités participatives, puisque la grande innovation d'Accropolis c'est que j'utilise des formats qui ont vu un grand succès dans le monde des jeux vidéos puisque je fais du streaming, c'est-à-dire qu'on peut commenter en direct, en même temps que moi les QAG à l'AN par exemple.
Donc je propose aux gens de ne pas être des consommateurs de contenus politiques mais d'être des acteurs d'émissions de télévisions d'un nouveau genre.”

Là, on a presque l’impression que le Coup d’Etat, il est simple : plus besoin des médias, plus besoin de RFi, avec une chaîne You Tube, je peux moi même vous expliquer “les enjeux du 49.3”, quand le gouvernement passe en force, suivre les “questions au gouvernement” pour mieux les commenter, ou tout simplement “proposer de supprimer le Sénat”.

Le livre propose enfin un tour du monde (plutôt centré sur les pays dits du Nord, d’ailleurs) : il y a notamment le cas islandais (page 78), qui est intéressant, et qui donne un exemple concret de rédaction de textes de lois (la constitution) par les citoyens et internautes.

Objectif : que des non-professionnels s’emparent de la politique, que la consultation soit la plus large possible pour établir une feuille de route !

Quittons l’Islande et l’actualité.

Autre expression extrêmement intéressante pour dire qu’il est possible de reprendre la main sur la gestion de son territoire et de fabriquer des contre-lobbys citoyens.

L’association “MeuRio”, au Brésil, créée en 2011, est un bon exemple.

Regardez plutôt ça :

Aujourd’hui, on a un jeune de Rio sur 15 qui est membre du réseau MeuRio. Là, on a un vrai contre-lobby citoyen.

Parlement et citoyens : co-écrire les lois

Parlement et Citoyens, qu’est-ce que c’est ? Thibault Dernoncourt nous en a donné une définition lors du forum : “des geeks pour sauver la politique”.

“Parlement & Citoyens c'est une communauté de parlementaires qui sont à peu près une trentaine, et de citoyens qui sont 30 000, 40 000 et qui essayent de travailler ensemble à régler et trouver des solutions ensemble aux problèmes du pays.

Traduction opérationnelle c'est une plateforme de consultations en ligne qui permet à des parlementaires lorsqu'ils ont l'initiative d'une proposition de loi de la mettre en consultation auprès de cette communauté de citoyens pour essayer de les faire participer à ce que eux vont essayer de définir comme une proposition de loi.

L'autre cas de figure c'est celui où un parlementaire qui va mettre en consultation non pas l'initiative ou le projet de proposition de loi mais directement un texte qui va être examiné dans les jours qui suivent auprès d'une commission.”

Après, il y a une question que l’on se pose tous : est-ce que ça marche vraiment ? Le public répond-il présent ?

Des geeks pour sauver la politique ?

Thibault Dernoncourt nous a confié ce qu’il avait pensé à l’issue de la journée : “Des Geeks pour sauver la politique”. Et l’on a senti le doute poindre le bout de son nez…

“C'était assez intéressant parce qu'on a eu un rapport un peu inversé, on a eu l'occasion d'entendre pas mal d'élus nous parler ce matin de leurs attentes, les attentes ça tombe bien parce que généralement on aime bien travailler à partir de la formulation des besoins des administrations, c'est beaucoup plus facile que nous d'arriver en disant on a une techno et il n'y a plus qu'à l'appliquer, ça nous a permis aussi d'entendre des choses avec lesquelles on est pas forcément d'accord.

On voit qu'il y a des attentes d'élus qui ne sont pas forcément en lien avec la manière dont on conçoit la perception citoyenne et de manière générale, c'est toujours assez intéressant d'essayer de s'ouvrir, c'est vrai que nous on est une communauté d'acteurs engagés, on se rencontre beaucoup, mais là, essayer de s'ouvrir à un public plus large (...). Il y a encore un delta (...) qui nous amène à nous interroger quand on rencontre là des YouTubeurs qui nous disent que ce qu'on fait c'est trop compliqué.

À la fois on est d'accord sur le fait que faire de la politique en 140 signes c'est pas possible mais à la fois ça nous interroge pour nous dire comment on arrive à toucher un public sans cesse plus élargi par rapport à nos actions et ne pas rester dans des audiences trop confidentielles.“

Autre question : dans quelle mesure le numérique fait-il partie de la solution (ou dans quelle mesure ne risque-t-on pas de sombrer dans un mirage “solutionniste”) ?

Difficile d’y répondre en quelques lignes, mais il est évident que les technologies n’auront pas réponse à tout.

Et c’est d’ailleurs l’enjeu de ce livre : c’est tout une culture de la démocratie qui est à réinventer.

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Crédit : @artefatica (cc-by-sa 2.0)

Source :
http://atelier.rfi.fr/profiles/blogs/le-coup-d-etat-citoyen-ces-initiatives-qui-bousculent-nos-democra

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Démocratie Directe
http://democratieouverte.org/

Tag(s) : #Matières Grises, #Par(s) Ailleurs, #Vidéos

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