Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

VIDEO. Avec "No Vote", Antoine Bueno signe un manifeste pour une abstention utile, et plaide pour refonder un système de représentation inopérant. Rencontre.

S'abstenir d’aller aux urnes, un danger pour la démocratie ? Au mieux, un geste inutile ? "Faux", répond Antoine Bueno, dans son dernier ouvrage "No Vote" (Editions Autrement), préfacé par Michel Onfray.

Autrefois chargé de mission au Sénat et plume de François Bayrou, passé par le one-man-show, l'écrivain publie un manifeste pour une abstention "utile", qui plaide (sans rire) pour une réforme complète d’un système de représentation en crise, et ambitionne même d’enrayer la montée du FN en décomplexant les abstentionnistes. Entretien.

Pourquoi n'irez-vous pas voter en mai ?

A quoi sert le vote aujourd’hui ? On s’achète une bonne conscience citoyenne en votant pour quelqu’un qui ne nous convainc pas, juste par principe et sans se poser trop de questions. C’est une citoyenneté au rabais. Notre système représentatif est fondamentalement conservateur : les élus des assemblées n’ont pas de pouvoir, les structures même de notre gouvernance conduisent à l’immobilisme. Personne ne veut mettre en œuvre des mesures impopulaires, ou qui bénéficient au plus grand nombre, mais entrent en contradiction avec les intérêts de corps minoritaires constitués - lobbys, syndicats, fonctionnaires...

L’acte de vote est une légitimation de ce système, donc, à moins qu’un candidat ne fasse des propositions de réforme institutionnelle profonde, je n’irai pas voter en mai.

Peut-on dresser un profil de l’abstentionniste ?

Sociologiquement, on relève deux catégories d’abstentionnistes. D’abord les citoyens "sous-politisés", les plus nombreux, qui sont très éloignés des questions politiques. Ils considèrent que ça ne les regarde pas et donc ne se déplaceront pas pour voter. Ensuite, les abstentionnistes, dits actifs, "sur-politisés", à l’inverse. Pour eux, comme moi, l’abstention procède d’un choix politique.

Pourquoi ne pas voter blanc ?

En pratique, le vote blanc s’inscrit dans un cadre législatif qui est une double arnaque pour celui qui veut avoir un geste contestataire dans les urnes. Actuellement, le vote blanc ne fait pas parti des suffrages exprimés. Mais en votant blanc, on augmente le taux de participation, donc la légitimité des élus, soit le contraire de ce que l’on recherchait à priori.

L’abstention n’est-elle pas, par définition, improductive ?

Autant le vote est à coup sûr stérile, sans réformes institutionnelles de fond, autant l’abstention peut être réformatrice. Je préconise une abstention active. Je l’envisage comme un moyen de pression constructif, pour avancer dans sa citoyenneté et la reprendre en main.

L’abstention peut se structurer, via une plateforme internet, par exemple où seraient consignées des propositions. En changeant les structures, on peut espérer des comportements plus respectueux de l’intérêt général. Aujourd’hui l’offre électorale des partis, ou plutôt de la mafia partisane, est toute puissante, et le citoyen en face ne peut que prendre ou laisser. Cela rééquilibrerait le rapport de force.

Pourquoi, dans ce cas, ne pas plutôt proposer une offre politique alternative ?

Ma démarche n’est pas exclusive. Dans mon schéma de pensée, la force citoyenne se structure, mais sans chercher à prendre le pouvoir. Car le problème est qu’en prenant le pouvoir, on finit par faire comme les autres. Pour l’instant, les révolutions ont remplacées une aristocratie par une autre.

Il faut à la fois que les partis subsistent et que les forces citoyennes fassent pression dans leur intérêt. C’est exactement ce qui se passe depuis un siècle : toutes les lois sociales sont intervenues parce que des modérés au pouvoir ont fait évoluer les choses sous la menaces de syndicats, de révolution etc… Aujourd’hui, cette pression citoyenne ne s’exerce plus.

L’abstention ne fait-elle pas le jeu du FN ?

La stratégie actuellement préconisée contre le FN est de voter utile. On se dispense de réfléchir au fond de l’offre politique en ne votant que pour faire barrage. Cette stratégie à minima n’est plus tenable, et suicidaire, à moyen terme. Beaucoup de gens votent pour le Front national comme un acte protestataire, alors que le véritable acte protestataire, c’est l’abstention.

Je propose une stratégie alternative qui consiste à essayer de convaincre les électeurs du Front national de s’abstenir plutôt que de voter pour Marine Le Pen. Car c’est en traitant les électeurs du Front national ou les abstentionnistes comme des parias qu’ont crée des clans, des castes et qu’on perd la bataille républicaine.

N’est-ce pas oublier le vote d’adhésion, qui forme une base solide pour le Front national ?

Les études montrent en effet un noyau dur d’électeurs qui adhèrent fondamentalement aux idées de ce parti, mais la majorité des gens qui votent FN, c’est surtout pour dire "merde". C’est un acte protestataire dans l’imaginaire des gens, même si en réalité, ça ne l’est pas du tout : le Front national est un parti politique qui recherche exactement la même chose que les autres, il est dans le même jeu électoral. Sauf qu’en plus, leurs propositions totalement démagogiques et inapplicables nous conduiraient à la catastrophe.

Source:http://tempsreel.nouvelobs.com/presidentielle-2017/20170302.OBS6002/presidentielle-le-veritable-acte-protestataire-c-est-l-abstention.html

Tag(s) : #Matières Grises, #Vidéos

Partager cet article

Repost 0